INVISIBLE MAN : Enfin un film d’horreur intelligent ?

Paru pour la première fois dans le roman d’H.G. Wells en 1897 (Ah oui quand même !), l’homme invisible n’en est pas à sa première adaptation. Outre le classique de 1933 (réalisé par James Whale), qui ne se souvient pas de L’Homme Sans Ombre (Hollowman en VO) de Paul Verhoeven ? En 2000, Kevin Bacon interprète un savant glissant lentement vers la folie suite à ses découvertes scientifiques et les possibilités qu’elles lui offrent. Le traitement du film de Leigh Whannell (déjà derrière Insidious 3 et Upgrade) est quelque peu différent …

TU ME VOIS … TU ME VOIS PLUS

Tyrannisée par son compagnon, Cécilia découvre après lui avoir échappé que ce dernier s’est donné la mort. Mais pourquoi sent-elle encore sa présence rôder autour d’elle ? Pour la jeune femme, tout est clair : Adrian a trouvé le moyen de devenir invisible … Ce qui étonne en premier lieu, c’est le choix du personnage principal. Le film suit ici la reconstruction et le calvaire de la compagne de l’homme invisible, pas l’homme invisible lui même. Si ça c’est pas couillu !

Ce dernier n’a d’ailleurs rien à voir avec un simple escroc ou un criminel cherchant à fuir les autorités comme dans l’œuvre originale. Il n’est pas non plus devenu instable suite à la découverte de son pouvoir comme Bacon. Non, il est ici en pleine possession de ses moyens et de ses choix : Adrian n’est autre qu’un pervers narcissique, manipulateur et dangereux bien avant qu’il n’acquiert son invisibilité. Et c’est là que le film prend une toute autre dimension, nous démontrant qu’il a réellement quelque chose à raconter.

FAIS MOI PEUR … MAIS PAS QUE

Par le biais de l’horreur, Invisible Man s’empare avant tout du sujet de la violence conjugale, devenant ici la figure incontestée du harcèlement, la parabole du parfait stalker. Sa résonance tristement actuelle n’en est que plus percutante. Le film n’hésite pas non plus à dénoncer le manque d’écoute face aux femmes : ainsi Cécilia (interprété par une Elizabeth Moss impériale, déjà remarquée dans The Handmaid’s Tale) passera pour une folle irresponsable pendant une bonne partie du récit, alors qu’elle est en train de vivre l’horreur.

L’Horreur, parlons en tiens ! Un genre cinématographique bien plus riche qu’on ne le pense qui ne sert pas qu’à faire peur aux plus téméraires. Invisible Man nous rappelle que le fantastique peut être avant tout un vecteur d’émotions fortes qui se permet de poser un regard sur les tares de notre société : le racisme dans Get Out, la différence des classes sociales dans Us, la société de consommation dans Zombie de Romero, ect … Il pourrait d’ailleurs être considéré comme un thriller dramatique avant d’être un véritable film horrifique, mais le débat n’est pas là.

Car il est quand même bien question d’avoir peur ici. Et les outils dont dispose Leigh Whannell s’avèrent particulièrement efficaces : le réalisateur n’hésite pas à allonger ses plans, étirer le temps, afin qu’une atmosphère anxiogène et malaisante s’installe peu à peu. Le spectateur n’aura de cesse de scruter l’ensemble du cadre durant tout le film, à la recherche de la moindre forme, ombre ou souffle suspect. Peu de jumpscares ici, la tension se veut haletante, l’horreur devient intime. La pourtant sympathique musique signée Benjamin Wallfisch se veut presque de trop, dommage.

Il n’en reste pas moins vrai que Invisible Man a réussi son coup : dépoussiérer un personnage plus que centenaire grâce à des thèmes contemporains pertinents. En effet, la morale quelque peu douteuse interpelle : si on veut se défaire d’un manipulateur, faut-il être plus pervers que lui ? Brrr ça fait froid dans le dos …

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