X-FILES : Pourquoi la série s’est perdue en cours de route ?

Série emblématique des années 90, on peut dire sans mal qu’Aux frontières du réel (titre VF) a marqué toute une génération, et favorisé l’arrivée de nombreuses autres séries fantastiques. S’étalant sur 9 saisons et 2 films avant de revenir pour 2 saisons supplémentaires en 2016 et 2018, les aventures du farfelu Fox Mulder et de la scientifique Dana Scully ont pourtant fini par lasser une bonne partie du public … Comment X-Files s’est-elle essoufflée ? Retour sur les heures de gloire et le déclin d’un show culte.

UN CONCEPT NOVATEUR POUR L’ÉPOQUE

Tuh tuh tuh tuh tuh tuuuuuh. Qui ne se souvient pas de ce générique flippant ? Crée en 1993, X-Files suit donc les enquêtes de deux agents du FBI dans le domaine du paranormal, Mulder & Scully. Le premier est un adepte du complot gouvernemental, l’autre est une catho rationnelle jusqu’au bout des ongles. En plus de jouer sur cette dualité une bonne partie de son existence, la série a surtout la particularité de respecter deux formats distincts : les épisodes « stand-alone » qui traitent d’une affaire non classée en particulier, et les épisodes « mythologiques » formant une intrigue principale à base de conspiration extra-terrestre.

Jamais le fantastique n’a été aussi bien représenté à la télévision de l’époque. Très vite, le show se démarque par la qualité de ses intrigues, ses ambiances aux contrastes clair-obscur, et surtout nombre de « stand-alone » marquants, dignes de vrais films d’horreur. Que ce soit Compressions (Squeeze en VO) et son assassin mangeur de foie dans la première saison, l’Hôte (The Host) et son homme douve qui hante les égouts en saison 2, Les Calusari (The Calusari) et sa séance d’exorcisme glaçante, La Meute (Home) et sa famille consanguine dégénérée en saison 4 … Les exemples sont légion, la série mettant un point d’honneur à ancrer le plus possible le surnaturel dans le réel. Notre réel.

Côté « mythologie », les quatre premières saisons suivent une pente ascendante fascinante, dévoilant peu à peu les secrets de la fameuse conspiration visant à cacher l’existence des extra-terrestres au monde entier. Peu de séries de l’époque se construisent sur une intrigue feuilletonnante, les formats du moment favorisant les shows que l’on peut regarder dans le désordre pour ne pas nuire au visionnage. Original, certes. Mais pas sans risque. Car au bout d’un moment, le spectateur ressent le besoin d’être récompensé pour ses efforts.

QUAND TROP C’EST TROP

Trop de nouvelles questions se posent une fois les premières réponses données, et la série entre dans un cycle sans fin à partir de sa cinquième saison, où l’intrigue semble se complexifier plus que nécessaire. Même si tout n’est pas mauvais au cours des saisons suivantes, certains chapitres mythologiques deviennent vite indigestes, sortes de gloubi-boulga étalés sur deux voir trois épisodes dont les dernières parties sont souvent moins intéressantes que les premières. X-Files aurait-elle pris trop l’habitude de rester dans le flou ? Ne saurait-elle plus/pas comment conclure ses arcs ? Sait-elle encore vers quoi se diriger ? Et oui, ça en fait des nouvelles questions !

Au fil du temps, les enquêtes « stand-alone » s’éloignent également du modèle rationnel de base, se plaçant résolument dans un surnaturel qui ne respecte plus l’équilibre entre science et fantastique : Mulder & Scully coincés dans un jeu vidéo meurtrier dans l’épisode Maitreya (First Person Shooter) on en parle ? Les enquêtes deviennent plus inexplicables les unes les autres, si bien que le spectateur ne se raccroche plus au réel et perd la connexion. Quelques pépites sont tout de même à noter, comme le fameux Détour (Detour) et ses hommes caméléons errant dans les bois en saison 5, ou encore Poursuite (Drive) et sa course contre la montre survivaliste au risque de voir sa tête exploser en saison 6. Le faux documentaire Peur bleue (X-Cops) fait également le job, Mulder et Scully traquant une créature métamorphe prenant l’apparence des pires cauchemars de ses victime en saison 7.

Le départ de David Duchovny (Fox Mulder) n’arrange pas les choses en saison 8 et 9, même si l’agent Scully trouve un nouveau souffle auprès de ses collègues remplaçants John Doggett (interprété par Robert Patrick, le T-1000 de Terminator 2) et Monica Reyes. La dualité des débuts s’inverse alors : Scully devient plus ouverte aux phénomènes paranormaux tandis que son nouvel associé prend le rôle de l’homme sensé. Mais l’alchimie n’est plus la même, et le show nous quitte en 2002 avec La Vérité est ici (The Truth) un épisode en deux parties en mode best-of mythologique. Pas mal mais sans plus.

Deux films inégaux plus tard, X-Files revient en 2016 pour une saison 10 surprise mais écourtée de 6 épisodes, puis une saison 11 de 10 épisodes en 2018. Verdict ? Malgré le retour des acteurs principaux, plus grand monde n’y croit. Propulsés dans l’ère post 11 Septembre, nos deux agents ont bien du mal à retrouver leurs marques, entre une histoire de pandémie mondiale, de terrorisme, de fake news et d’homme lézard. Le réalisateur Chris Carter nous joue même le coup de poker ultime : l’invasion extra-terrestre de la fin de saison 10 n’était qu’une vision de Scully ! Dallaaaaaas ! Quelques trouvailles sympathiques du côté des « stand-alone » mais rien de bien folichon.

Difficile de tenir une narration cohérente sur 2 films et 12 saisons, dont deux séparées de quasiment 15 ans. Victime de son succès, X-Files a malheureusement fini par se cannibaliser. Dépassée par son temps, les Homeland, Mr Robot et autre Black Mirror n’ont pas attendu pour prendre la relève. Peut-être est ce une question d’époque après tout ?

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1 thought on “X-FILES : Pourquoi la série s’est perdue en cours de route ?

  1. je n’ai pas vu toutes les saisons de cette série, surtout les dernières, mais je me souviens de quelques épisodes des premières saisons, notamment du Chupacabra et de la Meute ! Ces dégénérés plus vrais que nature, avec la mère prete à accoucher cachée sous le lit ! on se croit au temps des hommes de Néandertal et ça donne le frisson…En tout cas cette analyse me donne envie de m’y replonger et de découvrir les dernières saisons, meme décevantes. Robert Patrick a pourtant le physique de l’emploi avec son visage sec et ultra sérieux, mais l’attitude élégante de David Ducovny me manquera. Pour moi c’est lui le vrai Fox Mulder ! Bonne continuation pour ces commentaires pertinents ! Cyclope .

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