BLACK MIRROR : Pourquoi la série est terrifiante de vérité

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Diffusée entre 2011 et 2014 sur Channel 4 au Royaume Uni avant d’atterrir sur Netflix depuis 2016, la série de Charlie Brooker est devenu un véritable phénomène de société. Anthologie dystopique (chaque épisode racontant une histoire différente), Black Mirror fait ainsi référence aux « écrans noirs » omniprésents dans notre quotidien (téléphones, tablettes, ordinateurs), ces derniers nous renvoyant inlassablement un reflet déformé de nous même.

Entre addiction, dépendance et conséquences inattendues, le show interroge sur l’influence de la nouvelle technologie sur notre propre condition, se posant ainsi en véritable satire sociale plus que pertinente. En quoi Black Mirror est-elle devenue si terrifiante ? Retour sur une série criante de vérité, qui se permet de viser juste à de nombreuses reprises.

SAISISSANTE SUR LE FOND COMME SUR LA FORME

Que ce soit dans un futur plus ou moins proche, ou même dans notre monde actuel, Black Mirror prend toujours plaisir à contextualiser ses intrigues de manière à ce que le spectateur s’y reconnaisse instantanément. Que ce soit un monde ressemblant à une télé-réalité ou une époque où la mémoire peut se manier avec une télécommande, le show multiplie les inspirations, la principale nous venant de Phillip K. Dick (auteur du roman Les Androïdes Rêvent ils de Moutons Electriques, qui a notamment servi de base au film Blade Runner de Ridley Scott en 1982).

La série choisit donc de se placer sous l’axe de l’anticipation, un sous-genre SF qui a l’avantage de parler à tout le monde : se retrouvant dans un univers plus ou moins familier, le spectateur se retrouve encouragé à développer son propre recul critique, pratiquant sans forcément le vouloir une introspection qui le poussera à s’interroger sur ses propres habitudes. Car si la technologie n’est ici jamais réellement désignée coupable, elle est plutôt vue comme un filtre révélateur de la nature humaine.

Percutante par sa thématique, Black Mirror se veut également novatrice par sa forme : outre son format anthologique qui lui permet de multiplier ses possibilités scénaristiques à l’infini, la série nous propose en 2018 un épisode interactif des plus originaux. Bandersnatch se présente ainsi comme un hors-série où le spectateur peut choisir la direction de l’histoire en cliquant sur les possibilités que lui offre le script. Plus on avance dans le récit, plus le personnage principal s’en rend compte, créant une mise en abîme des plus troublantes et délicieuses. Les styles cinématographiques sont aussi tous passés à la moulinette : entre comédie loufoque, thriller visionnaire, film d’épouvante ou drame politique, Black Mirror mélange les genres avec une aisance déconcertante.

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QUAND BLACK MIRROR PRÉDIT L’AVENIR

L’impact sociétal prémonitoire du show est également frappant. En effet, nombreux sont les épisodes ayant « deviné » certaines dérives (si on peut les nommer ainsi), ancrant encore plus la série dans l’actualité de notre réel. Dés la première saison en 2011, le chapitre Retour Sur Image (The Entire Story Of You en VO) où le citoyen moyen possède une lentille numérique lui permettant de revisionner sa journée et ses souvenirs rappelle immanquablement les fameuses Google Glass : sorties un an après la diffusion de l’épisode, ces lunettes connectées à réalité augmentée s’adressent d’abord aux secteurs professionnels avant de tomber dans le marché public. Devant le peu de succès rencontré, Google abandonne et finit par revoir ses plans … mais le parallèle est bien là.

Autre chapitre marquant en saison 2, La Chasse (White Bear) qui suit le calvaire d’une femme amnésique poursuivie par des assaillants masqués sous l’œil des smartphones des passants. Une représentation de la non-réactivité des gens face au danger, plus occupés à filmer qu’à aider ? Le rapport à la télé-réalité sensationnelle n’est pas loin non plus. Que penser aussi de Chute Libre (Nosedive) en saison 3, qui nous décrit un monde où la moindre interaction sociale est notée via une application, permettant certains privilèges pour les plus populaires ? Nous avons déjà tous la possibilité d’évaluer notre entourage : la culture du like sur instagram, une appréciation sur l’entretien de toilettes publiques ou encore la notation du vendeur télécom qui nous a fourni notre dernière box. La Chine va même plus loin avec la mise en place de son « Crédit Social », un algorithme qui distingue les « bons » des « mauvais » citoyens en se basant sur leurs données sociales et bancaires …

Le plus frappant reste sans doute Bientôt De Retour (Be Right Back) en saison 2, où une femme endeuillée décide d’utiliser une application permettant de créer une intelligence artificielle imitant son compagnon décédé. Saviez-vous que des chercheurs russes ont développé une appli similaire ? Replika permet de créer son propre double virtuel, basé sur toutes nos données présentes en ligne (profil facebook, conversations messenger, publication instagram …). L’idée étant que plus l’IA en saura sur nous, plus elle sera capable de retranscrire notre personnalité même après notre mort, permettant ainsi à nos proches d’affronter plus facilement leur deuil … Glauque, vous avez dit glauque ?

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UN PEU DE DOUCEUR DANS CE MONDE DE BRUTES

Les saisons 4 et 5 seront malheureusement plus mitigées, même si elles recèlent quelques pépites : le fameux épisode interactif Bandersnatch, le survival futuriste Tête de Métal (Metalhead) ou encore le délirant Rachel, Jack and Ashley Too avec Miley Cyrus en guest (oui oui vous avez bien lu). Mais le propos avant-gardiste du show commence à se perdre, laissant place à une certaine prévention moralisatrice pas très subtile : Bouuuh il ne faut pas regarder « Smithereens » (facebook version fiction) en conduisant, c’est pas bien ! Attention, il ne faut pas confondre les jeux vidéos et la réalité ! Mouais, peut mieux faire …

Avec ses fins amères et pessimistes, Black Mirror se permet toutefois d’être lumineuse quand l’envie lui prend, telle une douce anomalie bienvenue. San Junipero nous conte ainsi l’histoire de deux femmes qui parviennent à tomber amoureuses l’une de l’autre (Attention spoilers !) dans une réalité virtuelle après leur mort. Une fable émouvante et poétique qui nous replonge dans les années 80, une époque où les gens n’avaient pas encore les yeux rivés sur leur I-phone mais plutôt dans le regard des autres. Le constat flagrant avec notre époque actuelle n’en est que plus révélateur.

A la fois cruelle et incisive, Black Mirror est une série qui dérange voire terrifie, nous mettant tout simplement face à nous même. Jamais une fiction ne nous aura autant fait prendre conscience de l’absurdité de nos comportements sociaux, de notre hyper connexion à la course à l’avancement technologique. Lorsque vous éteindrez votre téléphone, tablette ou écran après la lecture de cet article, verrez vous votre reflet de la même manière ?

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