MARVEL STUDIOS : Comment ont-ils gagné la course à l’Univers étendu ?

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Le MCU (Marvel Cinematic Universe) fait parti du paysage audiovisuel depuis presque 12 ans. Lancé en 2008 avec le film Iron Man de Jon Favreau, il a ainsi vu 22 autres œuvres se succéder dans les salles : Thor, Spider-Man, Black Panther ou encore Captain America sont maintenant connus de tous. Même si la qualité de certains films reste critiquable, on ne peut qu’être admiratif devant la forme de cette immense saga, d’une inter-connexion et d’une cohérence parfaitement maitrisées, qui en font ce qu’on appelle un « Univers Étendu ». Copié par certains mais jamais égalé, comment Marvel a t-il remporté la guerre des studios ?

LES PRÉMICES D’UN UNIVERS DÉJÀ BIEN ÉTENDU

Tout commence dans les années 90 : la maison d’édition Marvel Comics, au bord de la faillite. vend ses personnages à diverses maisons de production cinéma. Universal hérite ainsi de Hulk, la Twentieth Century Fox s’approprie les X-Men et Sony s’accapare Spider-Man. Sortiront dans les années 2000 toute une flopée de films super-héroïques plus ou moins appréciés : la première trilogie X-Men, Les 4 Fantastiques, les Spider-Man de Sam Raimi, Daredevil, Ghost Rider, Blade … Tous évoluant chacun dans sa propre saga, aucun lien ne les unissant les uns aux autres. C’est en 2005 que se crée Marvel Studios, branche cinéma de la maison d’édition, qui décide de réunir tous ses personnages restants afin de créer son « univers étendu ». Le principe est on ne peut plus simple : lancer d’abord une série de films solos présentant un à un les héros concernés, avant de les réunir dans un cross-over que l’on connait tous : The Avengers. L’idée n’est pas nouvelle, étant déjà employée dans les versions papier, mais c’est avant tout une première au cinéma.

La machine se lance donc en 2008 avec un premier film, Iron Man, qui rencontrera un certain succès public et critique. La scène finale intervenant après le générique (qu’on appellera donc scène post-générique) fait intervenir le personnage de Nick Fury, et pose les bases de la connexion aux films suivant : il cherche à créer une équipe. Suivront donc L’incroyable Hulk en 2008, Iron Man 2 en 2010, puis Thor et Captain America en 2011, chaque œuvre se concentrant sur son principal héros et une aventure donnée. Mais le studio s’amuse à insérer ici et là quelques clins d’œil : outre certaines évocations (de personnes ou lieux communs), le personnage de Coulson sert typiquement de lien entre ces premiers chapitres, voyageant d’un film à l’autre tout en conservant son rôle d’agent de liaison. Le public se prépare donc à ce qui l’attend en 2012, année de la consécration : la sortie du premier cross-over de Joss Whedon, Avengers. Le succès est immédiat, le film remportant plus d’1,5 milliard de dollars au box office mondial, preuve que la recette a fini par payer.

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UN UNIVERS ÉTENDU QUI TRIOMPHE

Marvel Studios entre ensuite dans une étape de fidélisation de ses personnages avec sa phase 2, tout en y insérant de nouvelles têtes d’affiche bienvenues : Iron Man 3 et Thor : Le Monde des Ténèbres en 2013, Captain Amerca : Le Soldat de l’Hiver et les petits nouveaux Les Gardiens de la Galaxie en 2014, avant de conclure sur Avengers : l’Ere d’Ultron et l’épilogue Ant-Man en 2015. Les scénarios deviennent plus travaillés, les genres cinématographiques commencent à se démarquer, et les références inter-textuelles se multiplient. Le principe d’univers partagé étant rentré dans les esprits, Marvel joue avec son concept et rencontre à nouveau le succès, même si le deuxième cross-over subira une réception critique un peu plus mitigée. Tous les feux sont au vert, le studio enchaine donc avec une troisième phase.

Il est cependant vital que la super-saga se renouvelle pour ne pas lasser. Les suites connues s’entrelacent donc de chapitres présentant de nouveaux héros : Captain America : Civil War ouvre le bal en 2016, suivi par Doctor Strange. Viennent ensuite Les Gardiens de la Galaxie Vol.2, Spider-Man : Homecoming et Thor : Ragnarok en 2017, puis Black Panther, Avengers : Infinity War et Ant-Man et la Guêpe en 2018, avant de se conclure sur Captain Marvel, Avengers : Endgame et Spider-Man : Far From Home en 2019. Le rythme des productions s’accélère, réaction logique envers un public qui en demande toujours plus. Le dernier cross-over se paye même le luxe de devenir le plus gros succès mondial de toute l’histoire (2,7 millards de dollars au box office), détrônant ainsi Avatar de James Cameron qui détenait le titre depuis presque dix ans.

Il devient toutefois plus difficile de visionner chaque film sans avoir vu les précédents, ou du moins sans se faire une idée globale de l’univers tout entier. Marvel part cependant du principe qu’après 8 ans, le public sait maintenant où il met les pieds, acceptant sans mal le concept en le prenant comme acquis. Cette confiance envers le spectateur porte d’ailleurs ses fruits, ces derniers considérant maintenant le MCU comme une vaste « série » cinématographique dont chaque sortie de chapitre est épiée, attendue et analysée. Certains n’y verront là que pur marketing, là ou d’autres considèreront qu’il s’agit du plus grand projet de l’histoire du cinéma de divertissement.

LA FORMULE STAR WARS

Devant un tel succès, les tentatives de copiage sont nombreuses : tous les studios voisins veulent maintenant leur propre « Univers Étendu ». Si l’on reste chez Disney (qui détient Marvel Studios mais aussi Lucasfilm depuis 2012), nous pouvons remarquer que la saga Star Wars en a rapidement pris le chemin, à quelques exceptions près. Au delà d’une nouvelle trilogie basée sur les six premiers films déjà existants (la trilogie originale des années 70/80 puis le prélogie des années 2000), la firme aux grandes oreilles tente le format « anthologique » en ajoutant des spin-offs plus ou moins réussis (sous-titrés A Star Wars Story) intercalés entre l’histoire principale. Après un come-back remarqué avec Le Réveil de la Force (Episode 7) en 2015, Disney enchaine sur le très apprécié Rogue One en 2016, puis le controversé Les Derniers Jedis (Episode 8) en 2017, le bancal Solo en 2018 et enfin le mitigé L’Ascension de Skywalker (Episode 9) en 2019.

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Malgré quelques box-offices respectables, la dernière trilogie ne rencontre pas le succès critique escompté. Les fans reprochent au studio son manque de planification scénaristique, et surtout de ne pas prendre de risques. Les choix narratifs osés de l’épisode 8 de Rian Johnson (déjà pointé du doigt) se retrouvent par exemple non assumés dans l’épisode 9 de JJ Abrams, créant là un manque de cohérence évident. Star Wars a également la particularité de s’étendre sur de nombreux autres médias : comics, romans, dessins animés, jeux vidéos … le tout formant déjà un univers étendu à part entière avant que Disney ne vienne « annuler » leur canonicité au profit de sa dernière trilogie et ses spin-offs. Un choix très discutable …

LA TENTATIVE DE WARNER BROS ET DC

Warner Bros et ses films estampillés DC sont à plus d’un titre un autre exemple d’échec cuisant. Concurrent direct de Marvel sur le papier depuis plus de 75 ans, DC Comics tente de reproduire la formule super-héroïque au cinéma avec toutefois la volonté de se démarquer par un traitement plus sombre et moins grand public. Première pierre du DCEU (DC Extended Universe), Man Of Steel débarque donc en 2013 pour nous introduire Superman, avant de le confronter en 2016 à Batman et Wonder Woman dés le deuxième film Batman V Superman : Dawn Of Justice (toujours plus long le titre). Trop sombre pour une bonne partie de la critique (malgré un box-office de 872 millions de dollars, pas dégueu), la Warner revoit ses plans, et se calque sans honte sur le style marvelien : du fun et des blagues pour rendre le tout plus lumineux.

Arrive donc Suicide Squad fin 2016, complètement charcuté par un studio qui ne sait plus comment le vendre : Violent ? Familial ? Trash ? Plutôt pop ? Le film finit par perdre toute identité stylistique et visuelle, et se fait descendre par la critique. Wonder Woman viendra relever le niveau en 2017, mais le mal est déjà fait. Le cross-over attendu Justice League (équivalent d’Avengers chez DC) se plante méchamment dans les salles, le film étant reshooté seulement quelques mois avant sa sortie. Sorte de monstre hybride qui ne sait plus ce qu’il raconte, Justice League devient un exemple flagrant de la stupide volonté des studios à vouloir aller trop vite. Si bien que la Warner finit par freiner le côté « partagé » de ses œuvres pour produire des films plus « stand-alone » : Aquaman, Joker, Birds Of Prey (critique ici). Pas plus mal …

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L’ÉCHEC DU DARK UNIVERSE D’UNIVERSAL

Certains studios ont même vu leur projet avorté dés le premier film ! Le cas du fameux Dark Universe d’Universal est en effet parlant : passant d’abord par la petite porte avec l’échec Dracula Untold en 2014, la firme retente le coup en 2017 en martelant le public d’annonces grandiloquentes. Tom Cruise et Sofia Boutella seront les stars de La Momie, Johnny Depp sera un parfait homme invisible, Javier Bardem jouera la créature de Frankenstein, et Russel Crowe interprètera le Dr Jekkyl. On envisage même Dwayne Johnson (The Rock) en loup garou et Angelina Jolie en fiancée de Frankenstein. Tout le monde s’impatiente.

Mais La Momie d’Alex Kurtzman est un ratage complet, beaucoup accusant Tom Cruise d’avoir usé de son influence pour modifier le scénario et le ton du film à sa guise. Au départ horrifique, La Momie se transforme vite en une sorte d’origin story super-héroïque ringarde, à laquelle personne ne croit. Face à l’échec, Universal abandonne et dispatche les droits de ses monstres, notamment chez Blumhouse (Paranormal Activity, Sinister, Insidious …) qui sort un bien plus convaincant Invisible Man (critique ici) en 2020. Mort dans l’œuf, le Dark Universe sombre dans l’oubli, le studio voulant revenir aux bases : le cinéaste d’abord, le budget ensuite.

Il n’y a qu’à prendre exemple sur le succès de l’univers fantastique Conjuring : Annabelle, La Nonne, Les Dossiers Warren ou encore La Malédiction de la Dame Blanche ne s’en sortent pas si mal, évitant de placer la charrue avant les bœufs sans martelage marketing. Le budget moindre des productions leur assure également une rentabilité plus importante, là où le Dark Universe d’Universal a préféré dépenser sans compter avant de se raviser.

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UN UNIVERS ÉTENDU JAMAIS ÉGALÉ

Il est donc indéniable de constater que la notion d’Univers Étendu n’a jamais été aussi bien exploitée que chez Marvel. Aidé par une planification à long terme et une maitrise hors-pair, le studio joue également du format familial de ses productions, ratissant par là même un plus large public. Au delà des chiffres mirobolants, le MCU est parvenu à se construire sur des bases solides avec patience et stratégie, ayant ainsi pu fidéliser un public toujours aux aguets.

La Phase 4 s’annonce d’ailleurs bien différente des trois précédentes. Entre un casting quasiment renouvelé (Salma Hayek, Angélina Jolie et Kit Harrignton chez Eternals, Simu Liu chez Shang-chi …) et l’annonce de plusieurs séries dérivées sur Disney + (The Falcon & The Winter Soldier, Wandavision, Loki, She-Hulk …), le MCU cherche à se renouveler (encore) tout en gardant certaines têtes d’affiche bien connues (Spider-Man, Back Panther, Captain Marvel, Doctor Strange …) lui assurant une pérennité sans égale.

Oui, le Marvel Cinematic Universe semble être le grand vainqueur désigné du tournoi de l’Univers Étendu, ayant façonné le cinéma de divertissement à son image, sans même le vouloir. A l’heure où la plupart de ses productions sont repoussées suite au coronavirus, il ne fait aucun doute que les Avengers sauront s’en relever. Ce sont les Avengers, merde !

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