GLEE : Pourquoi la série est complètement tombée dans l’oubli

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Qu’on l’apprécie ou non, il n’en reste pas moins vrai que la série Glee de Ryan Murphy (déjà derrière les subversives Nip/Tuck et American Horror Story) fut un véritable phénomène de société lors de son arrivée sur les écrans en 2009. Sorte de remake de Fame en version plus acide, le show propose une relecture politiquement incorrecte de la comédie musicale à travers le parcours d’une chorale lycéenne, les New Directions.

L’occasion d’aborder tout un panel de thématiques variées (tels que l’intégration sociale, l’homosexualité, la grossesse adolescente …) par le biais de personnages hauts en couleur et un format sériel novateur pour le genre. Adulée par les fans, plébiscitée par les professionnels et encensée par la critique, pourquoi plus personne n’en parle aujourd’hui ? Comment Glee est-elle tombé dans l’oubli le plus total ?

UN DÉBUT PROMETTEUR

Outre ses numéros musicaux qui ont grandement fait son succès, la série débarque d’abord dans un contexte particulier qui jouera en sa faveur. Newport Beach, Gossip Girl, Les Frères Scott … Nombreuses sont les séries de l’époque à dépeindre une adolescence typiquement fantasmée. Des acteurs trentenaires au physique de top-modèle qui évoluent dans un environnement social aisé : en gros, la richesse et les corps minces sont les seuls ingrédients du rêve américain. Glee se démarque donc par la diversité de ses personnages, quitte à cocher un peu les cases : une ado afro-américaine obèse, une lycéenne gothique asiatique, un étudiant homo non assumé ou encore un jeune handicapé binoclard … La série semble prôner la différence, centrant son propos sur un groupe de « loosers » pour ainsi mieux prendre la défense des marginaux.

Véritable appel à la tolérance, Glee assume également son côté engagé par le biais d’un fort message gay-friendly, devenant par là l’un des étendards LGBT les plus reconnus. La série n’hésite pas non plus à se montrer plus incisive, en dressant notamment un portrait assassin du milieu sportif. Symbolisé par le personnage de Sue Sylvester , une coach autoritaire et sarcastique qui maudit l’Art sous toutes ses formes, le show traite ainsi sans fioritures de l’uniformisation de la liberté d’expression d’aujourd’hui. Servie par de délicieux dialogues ironiques salés, le personnage de Sue se transforme en principal grand méchant de la série, sorte de sosie de Trump (volontaire ou non ?) avant même son élection aux présidentielles.

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Le show n’hésite pas non plus à jouer avec les stéréotypes en les soulignant à l’extrême. Alors que la nuance devrait être de mise pour faciliter l’identification du spectateur, Glee exagère au contraire les traits de ses personnages, les poussant ainsi à une caricature volontaire des plus comiques : l’héroïne Rachel devient alors une agaçante drama-queen, lorsque Finn reste un sportif un peu benêt et Kurt un homo excentrique émancipé … Le tout en leur insufflant une personnalité attachante suffisamment marquée pour séduire, tel un numéro d’équilibriste maintenu avec brio durant les trois premières saisons.

UN VÉRITABLE PHÉNOMÈNE

Impossible également de ne pas évoquer la musique, principal vecteur d’émotions de la série. Des morceaux aussi bien classiques (Broadway, Jazz, comédies musicales), populaires (Queen, Rolling Stones, Beatles) que récents (Rihanna, Lady Gaga, Justin Bieber …), qui ancrent encore plus le show dans son temps. Reprises sous différentes formes (réorchestrations, medleys, mash-ups …) par les comédiens eux-mêmes, les chansons font de Glee un véritable monument « feel-good », mais également un énorme produit commercial dévastateur. En effet, la mise en ligne des morceaux sur I-Tunes après la diffusion de chaque épisode est un tabac, assurant aussi bien au studio qu’aux interprètes originaux le pari gagnant : le titre Sweet Caroline de 1969 s’est par exemple vu téléchargé trois fois plus après avoir été repris dans la série.

Devant l’ampleur d’un tel phénomène, les stars du petit et grand écran se précipitent pour apparaître en guest (Neil Patrick Harris, Matt Bomer, Gwyneth Paltrow …) tout comme les chanteurs du moment (Britney Spears, Ricky Martin, Demi Lovato …). Même l’iconique Madonna accepte qu’un épisode spécial lui soit dédié, partageant ainsi les droits de ses chansons les plus célèbres afin d’être reprises dans le show. Une première ! Des tournées sont d’ailleurs organisées à travers tout le pays avec les comédiens, qui se voient entre autres invités à se produire à la Maison Blanche pour les fêtes de Pâques. La machine ne semble donc plus vouloir s’arrêter … sans doute au détriment même de la qualité de la série ?

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LE DÉBUT DE LA FIN

Car à trop vouloir jouer avec la génération American Idol, Glee devient rapidement sa propre caricature, perdant peu à peu son âme jusqu’à devenir une sorte d’High School Musical bis. La saison 4 marquera ainsi le début du déclin : au lieu d’approfondir ses personnages existants ayant quitté le lycée, la série préfère en ajouter de nouveaux, multipliant les sous-intrigues secondaires dispensables et accentuant l’impression de déjà-vu. Le nouveau glee-club n’est en effet rien d’autre qu’un remake moins intéressant du premier. Les numéros musicaux qui commentaient ou faisaient autrefois avancer l’action, comme le veut la tradition de toute comédie musicale, ne deviennent que de simples exercices de remplissage au sein d’épisodes qui ne racontent plus grand chose …

Il est vrai que la narration n’a jamais été la force même de la série, mais cette dernière n’hésitait pas à jouer de ses propres incohérences avec un humour loufoque bienvenu, là ou les dernières saisons se perdent dans une redite manquant de pertinence. Le discours critique sur une Amérique puritaine perd ainsi en intensité, jusqu’à faire place à un étalage de bons sentiments moralisateurs qui agacent. Consciente d’avoir perdu ce qui faisait son charme, Glee part donc en perpétuelle recherche d’elle-même, quitte à tenter un semi reboot en cours de saison 5. L’idée de quitter (enfin) le lycée pour se concentrer à nouveau sur l’avenir des personnages originaux n’est certes pas mauvaise, mais se retrouve vite sabotée par un manque de matière et d’idées évidents (Kurt qui se produit en maison de retraite, Blaine qui devient gros, Mercedes et Sam qui jouent aux feux de l’amour …)

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Le rétropédalage de la sixième et dernière saison n’en est que plus révélateur : Rachel et Kurt retournent au lycée pour prendre en main le nouveau glee-club, symbolisant par là une tentative à peine voilée de retour aux sources afin de relancer l’intérêt … en vain, la plupart des spectateurs ayant déjà déserté. L’inclusion de nouveaux personnages (encore) qui n’auront pas le temps d’évoluer au sein d’une dernière fournée d’épisodes plus qu’inégaux n’aide pas. Glee tire ainsi sa révérence en 2015 dans l’indifférence la plus totale.

Il est regrettable de constater que la série n’a dernièrement fait parler d’elle que pour son casting maudit : entre l’overdose de Corey Monteith (l’interprète de Finn) en 2013, l’arrestation de Naya Rivera (Santana) pour violences conjugales envers son mari en 2017, et le suicide de Mark Salling (Puck) suite aux accusations de pédopornographie en 2018, il semble que l’aura autrefois étincelante du show soit aujourd’hui sacrément entachée.

Prometteuse à ses débuts, Glee restera donc pour toujours un cas d’école plus que parlant : l’exemple parfait d’un phénomène victime de son propre succès. En effet, difficile de ne pas céder à la facilité une fois les sommets atteints. Ne serait-ce pas une leçon que toute œuvre, aussi bien cinématographique qu’artistique, se doit de retenir ?

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