GOSSIP GIRL / 13 REASONS WHY / ELITE / SEX EDUCATION … Comment les séries abordent l’adolescence

sex education 13 reasons why gossip girl euphoria geeklic.com dossier

Depuis plus de vingt ans, le « teen drama » est devenu un genre à part entière dans le petit monde des séries. Que le ton soit léger, dramatique, provocant ou métaphorique, l’adolescence reste encore aujourd’hui un thème privilégié aussi bien à la télévision qu’au cinéma. Un âge où chacun d’entre nous se définit, où nos ressentis semblent exacerbés au possible, permettant ainsi au spectateur que nous sommes tout un processus d’identification qui questionne nos troubles et conforte nos excès.

Au delà du cliché de l’ado mou un peu idiot, les teens séries ont toujours su faire écho à leur propre époque, gardant en tête de ne pas s’adresser qu’au public visé mais également aux adultes (dans la plupart des cas). Car si le thème reste universellement le même, les traitements ont semble t-il bien évolué ces deux dernières décennies. Retour sur quelques séries d’hier et d’aujourd’hui qui ont apporté leur propre point de vue.

GOSSIP GIRL (2007-2012)

Ça parle de quoi ? Le retour de Serena Van Der Woodsen (Blake Lively) à New York devient le sujet de conversation principal des élèves fortunés de l’Upper East Side, dont les articles d’une mystérieuse blogueuse surnommée « Gossip Girl » alimentent toute sorte de rumeurs. Entre amour et amitié, chacun tente de tirer son épingle du jeu, mais rien n’est jamais simple derrière des apparences si parfaites …

Verdict ? Véritable soap-opéra aux faux airs de Dynastie, la série se concentre donc sur une jeunesse dorée, insistant sur des personnages installés dans les plus hautes sphères de la société américaine. Serena, Blair, Chuck ou encore Nate ont tous des physiques de rêve, encourageant ainsi une représentation fantasmée de l’adolescence, presque inatteignable pour la plupart des spectateurs.

En effet, le but premier du show n’est pas de s’identifier ou de se reconnaitre dans les thèmes abordés, mais avant tout de faire rêver, d’imaginer à quel personnage le public voudrait ressembler. En zoomant sur une élite sociale, Gossip Girl se permet ainsi bon nombre de ressorts narratifs et dramatiques, allant jusqu’à des intrigues parfois poussives voire polémiques (les tentatives de viol de Chuck, qui finit par devenir un véritable Don Juan adulé des fans). Qui va coucher avec qui ? Qui va perdre sa réputation ? Bidule va t-il quitter Machine ? Au delà de certains questionnements basiques presque racoleurs, voilà la véritable force du show : transformer le spectateur lui même en véritable « gossip ».

gossip girl geeklic.com dossier
ELITE (2018-?)

Ça parle de quoi ? Las Encinas est l’école la plus compétitive et huppée d’Espagne, accueillant les enfants de l’élite. Mais lorsque trois lycéens de la classe ouvrière y sont admis, la confrontation des deux mondes aboutit à un mystérieux homicide.

Verdict ? A l’instar de Gossip Girl, Elite reste dans le cadre de la jeunesse bourgeoise en approfondissant toutefois son propos par la lutte des classes : une collision engendrée par l’arrivée des élèves boursiers qui représente une réelle fracture sociale, à l’origine de l’intrigue principale. Entre enquête policière, flashbacks et recherche du coupable, le show multiplie les rebondissements pour le moins rocambolesques, n’évitant malheureusement pas certains clichés.

Car si Elite propose une multitude de thèmes actuels variés (le harcèlement en ligne, l’addiction à la drogue, le trouple, l’avortement, la religion …) au risque de paraître indigeste, la série insiste également sur les (nombreuses) relations sexuelles au travers de scènes plutôt crues (à deux, à trois, à quatre, entre filles, entre mecs). Les corps secs et musclés y sont également célébrés sans fioritures, accentuant ainsi le côté too-much d’un show sulfureux et calibré. Mais n’est ce pas là ce qui fait le sel de tout bon teen drama ?

elite geeklic.com dossier
SEX EDUCATION (2019-?)

Ça parle de quoi ? Otis, un adolescent puceau qui vit avec sa mère sexologue (l’impeccable Gillian Anderson, la Scully d’X-Files), est entraîné par la rebelle Maeve dans la création d’une cellule de thérapie sexuelle clandestine au sein de leur lycée.

Verdict ? En illustrant les échecs, les moments de doute et les pensées honteuses des élèves de Moordale, Sex Education montre (conseille ?) comment l’adolescent lambda doit surmonter ses craintes pour avancer, par le biais d’un questionnement sensé sur la sexualité. Oui, le sexe fait peur, et le traitement sans filtre du show insiste clairement la dessus : le sexe obsède, et les ados ne semblent pas les seuls touchés (la femme du proviseur Groff, on en parle ?)

Le ton léger avec lequel la série aborde ses thématiques désacralise ainsi la sexualité elle même, lui ôtant tout tabou. On ne compte plus les exemples d’expériences ratées que vivent la plupart des personnages, tous plus attachants les uns que les autres. Se défoulant sur le refoulé de chacun avec humour et intelligence (à l’inverse d’un American Pie fun mais décérébré), Sex Education nous apporte avant tout un regard d’une douceur attendrie sur une adolescence timide et touchante.

sex education geeklic.com dossier
THIRTEEN REASONS WHY (2017-?)

Ça parle de quoi ? Clay Jensen découvre sous son porche une mystérieuse boîte portant son nom : les enregistrements d’une certaine Hannah Baker (l’émouvante Katherine Langford) qui a décidé de mettre fin à ses jours pour treize raisons.

Verdict ? Plus qu’une simple série sur le harcèlement et le suicide, Thirteen Reasons Why traite avant tout des violences physiques et psychologiques que tout un chacun peut rencontrer dans sa vie de lycéen. Jamais moralisateur, le show capte avec justesse les crises existentielles du monde adolescent, mettant en lumière aussi bien sa cruauté que sa tristesse, souvent dissimulée derrière une excentricité plus que parlante.

Les thèmes abordés restent traditionnels (la pression sociale, la brutalité des réseaux …), mais c’est avant tout leur intensité qui compte. La gravité du sujet central démarque la série de façon percutante, abordé avec un réalisme auquel le spectateur ne peut échapper : la polémique scène du suicide, longue et frontale, est à juste titre insoutenable. La voix off d’Hannah permet une immersion totale, devenant rapidement le centre émotionnel de l’histoire. Entre drame et thriller, Thriteen Reasons Why pousse bien plus à réfléchir qu’à simplement s’identifier, se muant ainsi en une leçon de vie particulièrement saisissante.

13 reasons why geeklic.com dossier
SKINS (2007-2013)

Ça parle de quoi ? Le quotidien tumultueux d’un groupe d’amis fréquentant le lycée fictif de Roundview Sixth Form College à Bristol, chaque épisode se centrant sur un thème particulier souvent au travers d’un protagoniste donné.

Verdict ? Série anglaise choc et ultra réaliste, Skins offre une vision esthétique et narrative de la souffrance adolescente plus que frappante. Toujours abordés avec une intensité propre aux personnages, les sujets tels que l’anorexie, le narcissisme, l’autisme et les troubles de la personnalité font rapidement écho. Les ados ne sont ici ni riches ni des canons de beauté, insistant sur une représentation bien plus proche de la réalité, à la hauteur de son audience qui ne peut que s’y projeter.

Véritable show générationnel parfois extrême mais surtout honnête, Skins a la particularité de renouveler son casting toutes les deux saisons, assurant ainsi une continuité thématique plus cohérente. Bien que les personnages soient attachants, c’est avant tout ce qu’ils éprouvent et ce qu’ils vivent qui importe, non leur parcours après avoir quitté le lycée. Le scénario ne s’autorise aucune péripétie rocambolesque, se contentant simplement d’illustrer une soif de vivre adolescente décomplexée, entre folie et sagesse, telle une irréductible ode à la liberté.

skins geelkic.com dossier
STRANGER THINGS (2016-?)

Ça parle de quoi ? En 1983, le jeune Will Byers disparaît dans d’étranges circonstances. Ses amis Dustin, Lucas et Mike partent à sa recherche, rencontrant sur leur route la mystérieuse Onze, une jeune fille aux pouvoirs télékinésiques surprenants …

Verdict ? Phénomène culturel assumé parlant à plusieurs générations, Stranger Things s’attarde plus particulièrement sur la pré-adolescence, suivant le quotidien d’un groupe de gosses ordinaires face à l’arrivée de l’extraordinaire (Onze, le demogorgon, le monde à l’envers). Comme Buffy contre les vampires en son temps, la série opte pour une approche plus métaphorique : le surnaturel renvoie ici souvent aux propres émois des personnages, à l’aube de leur puberté.

Un regard nostalgique aussi bien dans la forme (l’esthétique eighties) que dans le fond (l’innocence des enfants), que le spectateur accepte sans broncher pour mieux s’identifier. Le scénario épouse ainsi l’évolution naturelle de ses comédiens, renforçant l’idée de grandir avec eux. Une stratégie efficace, servie par une intrigue pas toujours originale mais diablement addictive.

stranger things geelkic.com dossier
EUPHORIA (2019-?)

Ça parle de quoi ? Fraîchement sortie de désintox, Rue Bennett (surprenante Zendaya) rencontre Jules, une jeune ado trans. Les deux amies évoluent alors dans un univers où la jeunesse n’a plus de limites : les réseaux sociaux sont omniprésents, les secrets de chacun sont exposés aux yeux de tous et la drogue est facile d’accès. Rue peut-elle se permettre de replonger ?

Verdict ? Pour sa première incursion dans le teen drama, HBO (le network derrière Game Of Thrones, Westworld, Big Little Lies …) s’offre une série insolente en jouant sur l’excès de chacun de ses personnages. Entre l’influence du porno sur la sexualité des ados, le culte du corps ou la question du consentement, Euphoria propose une vision immersive d’une génération malade et névrosée.

Chaque épisode débute par l’enfance d’un des protagonistes (toujours depuis le point de vue de Rue, narratrice du show), mettant encore plus en évidence le parallèle entre son passé et son présent. La réalisation virtuose, parfois à la limite de la suresthétisation, apporte un véritable plus au genre (le trip de Rue dans l’épisode pilote, la sombre comédie musicale dans le final) et ne cesse d’enrichir le propos même de la série : le mal-être peut se cacher n’importe où, surtout derrière la beauté. Jamais l’adolescence n’a été observée avec autant d’humanité.

euphoria geeklic.com dossier
THE END OF THE FUCKING WORLD (2017-?)

Ça parle de quoi ? Psychopathe à ses heures, James fait la connaissance d’Alyssa et décide qu’elle sera la victime idéale pour son premier meurtre. Les deux lycéens vont alors se lancer dans un road trip infernal.

Verdict ? The End Of The Fucking World se vit comme une échappée belle extrême qui parlera sans doute aux ados rêvant de sortir des sentiers battus. Parfait équilibre entre humour noir et candeur, la série traite avant tout du passage difficile à l’âge adulte, y ajoutant une touche absolument WTF au propos libérateur.

Le processus d’identification n’est pourtant pas évident à première vue, jonglant entre un lycéen psycho et une élève suicidaire, la faute à des parents absents ou totalement à côté de la plaque. Mais le voyage entrepris par le jeune couple, sorte de Bonnie & Clyde Jr, leur permettra d’entamer une virée introspective des plus savoureuses, riche en rebondissements morbides et sanglants. Qui n’a jamais eu envie de s’évader ne serait ce qu’un peu ?

the end of the fucking world geeklic.com dossier
DAWSON (1998-2003)

Ça parle de quoi ? Dawson et Joey passent leurs nuits ensemble depuis qu’ils sont petits dans la paisible ville de Capeside. Mais à 15 ans, ce rituel devient difficilement acceptable, la faute à leurs premiers émois sentimentaux.

Verdict ? Fable initiatique par excellence, Dawson a marqué la fin des années 90 grâce à sa simplicité parfois naïve : relation aux parents, frontière entre amour et amitié, poursuite des rêves … Des intrigues qui n’ont rien de grandiloquent, d’une banalité quelquefois pleurnicharde, qui a malgré tout permis à la série de créer une certaine confidentialité avec son public.

Le cadre idyllique de Capeside (petit village côtier américain) n’a rien à envier aux appartements chics de Gossip Girl, et les clins d’oeil métas de Dawson sur l’industrie hollywoodienne (le jeune homme est étudiant en cinéma) font souvent mouche, établissant de fait un lien particulier entre fiction et réalité. Considérée comme ringarde par beaucoup, Dawson reste avant tout une petite série doudou d’une grande sincérité.

dawson geeklic.com dossier

Qu’elle accumule les clichés ou serve à dénoncer certaines dérives, l’adolescence reste donc une source inépuisable d’inspiration, s’adressant au public le plus large qui soit. A la fois bouleversants, captivants, troublants et poignants, les affres de la jeunesse (qu’elle soit friquée, obsédée, mélancolique ou aliénée) ont changé bien des regards condescendants en vingt ans, grâce à une justesse et un équilibre implacables. De là à vouloir retourner au lycée, il n’y a qu’un pas … Mouais, faut pas exagérer non plus hein !

A voir également

FRIENDS / LOST / BREAKING BAD / GAME OF THRONES … Comment bien terminer une série ?

MARVEL STUDIOS : Comment ont-ils gagné la course à l’Univers étendu ?

DARK, LOST, WESTWORLD, PRISON BREAK … Les séries « high concept » sont elles faites pour durer ?

REMAKES / REBOOTS : Comment Hollywood est devenue une vraie machine à recycler

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *