DARK Saison 3 : Un véritable tour de force

dark saison 3 geeklic critique

Fascinante, obscure, complexe, poétique … Diffusée depuis décembre 2017 sur Netflix, Dark est rapidement devenue un must-see incontournable de la plateforme, s’érigeant sans mal aux côtés des mastodontes tels que Stranger Things ou La Casa De Papel.

Souvent comparée (à tort) à la première, la série allemande jouit pourtant d’une riche mythologie qui lui est propre, la démarquant inlassablement de toutes les productions actuelles. La troisième et ultime saison ayant débarqué sur nos écrans depuis le 27 juin dernier, difficile de ne pas revenir sur ce show décidément pas comme les autres.

TOUT EST CONNECTÉ

Véritable héritière de Lost aux faux airs de Twin Peaks, la série de Jantje Friese et Baran Bo Odar se déroule dans le petit village de Winden, marqué par la disparition de plusieurs enfants au fil des années. S’entremêle alors le destin de quatre familles entre passé, présent et futur, chaque époque influençant l’autre par le biais de personnages voyageant dans le temps. Disposant d’une qualité de production plus qu’appréciable (le show marque souvent la rétine grâce à une composition de cadre impressionnante) et d’un casting envoûtant (mention spéciale au couple Louis Hofmann / Jonas et Lisa Vicari / Martha), Dark joue subtilement avec les attentes du spectateur, malmenant ses certitudes grâce à un récit imprévisible pourtant millimétré depuis le début.

Prévue sur trois saisons et pas une de plus, la série monte ainsi en puissance au fur et à mesure de sa diffusion : après une première partie délicieusement complexe qui expose la mécanique et les enjeux du voyage dans le temps, la seconde passe à la vitesse supérieure en jonglant avec les personnages et les époques, jusqu’à exploser dans un dernier chapitre introduisant les réalités alternatives. Un authentique labyrinthe narratif qui ne laisse pas indifférent, sûrement brillant pour certains quand trop alambiqué pour d’autres.

Enrichissant un univers déjà ample, la troisième saison s’ouvre donc sur un premier épisode aux airs de « déjà vu » (d’où son titre d’ailleurs), reprenant ainsi les codes du pilote afin de ne pas perdre le spectateur. Fonctionnant sur le principe du miroir, la nouvelle réalité qui nous est dévoilée à travers le regard de Jonas répond sans mal à celle que nous connaissons déjà, que ce soit au niveau scénaristique (certains évènements diffèrent avec le premier monde présenté lors des deux premières saisons, mais finissent par avoir les mêmes conséquences) comme au niveau graphique (la disposition des lieux est visuellement inversée, accentuant ainsi la notion de reflet).

LA QUESTION N’EST PAS OÙ, MAIS QUAND

Exigeante avec son public, Dark n’est effectivement pas une série qui se suit en bruit de fond pendant que l’on fait la vaisselle, le show réclamant une certaine assiduité, indispensable si le spectateur ne veut pas être perdu. Peut-être peut-on lui reprocher une complexité parfois artificielle (déchiffrer l’arbre généalogique des quatre familles devient un véritable casse tête), mais le show y tient également là son propre intérêt. Conscients du caractère parfois confus de leur création, les scénaristes n’hésitent pourtant pas à guider le spectateur grâce à de subtils mécanismes audiovisuels, efficaces si on sait les repérer.

A la manière de Lost ou chaque flashback était introduit par un bruit sourd, prévenant ainsi judicieusement le public lorsque le récit s’apprêtait à changer d’époque, Dark impose également ses propres règles avec une facilité déconcertante : après le fameux « tic tac » lancinant signalant le passage d’une temporalité à une autre, c’est maintenant l’image qui s’étire et se distord pour situer dans quel monde se trouve le spectateur, contextualisant sans mal le passage d’une réalité à une autre. Bien joué.

Au delà de son aspect conceptuel appuyé (un dossier sur les séries du même genre telles que Westworld, Prison Break ou encore … Lost, tiens donc, sera prochainement publié sur le site), la série n’en oublie pas pour autant ses personnages, n’hésitant pas à mettre en avant leurs émotions parfois paradoxales. Creusant aussi bien leur passé que leur futur, le show s’attarde sans équivoque sur le parcours de chacun, dressant avec finesse leur portrait et caractère, justifiant ainsi le pourquoi du comment de leur psychologie à telle ou telle époque. Un brun tortueux.

Cette troisième et dernière saison n’hésite effectivement pas à s’enfoncer dans les méandres nébuleuses de la complexité temporelle (à laquelle s’ajoute donc les mondes parallèles), au risque de rapidement devenir indigeste. Pourtant, c’est avec une clarté étonnante que se dévoile la fin de l’intrigue dans les ultimes épisodes, désentrelaçant tous les nœuds esquissés depuis les premières saisons. Un aboutissement narratif maitrisé qui force le respect, laissant peu de place à l’interprétation, trouvant là un équilibre sensé dont beaucoup d’autres séries devraient s’inspirer. Poétique, émouvante, limpide, la conclusion boucle la boucle en évitant toute frustration, prouvant une fois de plus qu’une planification à long terme s’avère toujours bénéfique pour ce genre de récit.

Plus qu’une simple trilogie sérielle, Dark reste avant tout une expérience unique dans le paysage SF, puisant sa force dans sa grande humanité tout en sachant transporter le spectateur même s’il ne saisit pas tout. Car au fond, le voyage n’est-il pas plus important que la destination ?

A voir également

DARK / LOST / WESTWORLD / PRISON BREAK … Les séries « high concept » peuvent-elles durer ?

THE OUTSIDER Saison 1 : Stephen King peut-il en être fier ?

VIDEO – BUFFY CONTRE LES VAMPIRES : Pourquoi la série est culte

KINGDOM Saison 2 : Vent de fraîcheur chez les Zombies ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *