DARK / LOST / WESTWORLD / PRISON BREAK … Les séries « high concept » peuvent-elles durer ?

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High quoi ? Une série « high concept » se démarque par une intrigue de base forte et généralement lourde de conséquences sur les protagonistes qui la composent. Cela peut être un évènement traumatique (le crash d’un avion dans Lost), surnaturel (le voyage dans le temps dans Dark), ou tout simplement un concept de départ donnant le ton d’une série entière (les fameuses treize raisons de 13 Reasons Why, abordées une à une dans les treize épisodes qui composent la saison).

Le parti pris scénaristique devient alors un véritable défi : comment assurer une longévité décente à son récit lorsque les personnages sont par exemples coincés dans la Fabrique du timbre et de la monnaie (coucou La Casa de Papel), assurant ainsi une intrigue à huit clos ? Comment faire évoluer intelligemment l’histoire de ces robots humains découvrant peu à peu leur libre arbitre alors qu’ils sont enfermés dans un parc d’attraction ? (Ah ça c’est Westworld)

Des intrigues de base au fort potentiel, généralement exposées dés le premier épisode, qui semblent assurer une suite passionnante … Mais pour combien de temps ? Ce genre est-il fait pour durer ? Petit retour sur certaines séries ayant fait le pari du high concept, pour le meilleur comme pour le pire …

LOST (2004 – 2010)

L’un des cas d’école les plus controversés de ces dernières années. Considérée par certains comme l’une des meilleures séries de tous les temps là où d’autres n’y voient qu’une sorte de gloubi-boulga incompréhensible, Lost est inévitablement à placer dans la catégorie des séries coriaces tant elle peut se montrer très (trop ?) prolifique face à ses nombreuses intrigues mystérieuses.

Ayant marqué le paysage audiovisuel des années 2000, la série de JJ Abrams (Felicity, Alias), Damon Lindelof (Watchmen, The Leflovers) et Jeffrey Lieber (NCIS, Lucifer) débute donc avec le crash d’un avion sur une île du pacifique non répertoriée. Les survivants ne tardent pas à découvrir qu’ils ne semblent pas être seuls dans cet endroit perdu … Quel est donc ce bruit assourdissant venant de la forêt ? Que veut dire cet étrange message radio découvert dans le 2ème épisode ? Quels sont les secrets cachés de certains passagers ? Qui sont les Autres ?

Lost est ainsi parvenue à accrocher son public en installant dés le départ une ambiance fantastique, accumulant les mystères les uns après les autres dans un cycle sans fin jusqu’à en faire sa propre marque de fabrique. Véritable série patchwork mêlant passé, présent, futur et même réalité alternative, le show ne peut être complètement compris et interprété que dans sa globalité temporelle. Les nombreux flashbacks et flashfowards expliquent effectivement le pourquoi du comment de nombreux personnages quand à leur caractère et leurs actions.

Un choix narratif audacieux, efficace sur les premiers épisodes (chaque flashback dévoilant le passé des personnages) mais prenant le risque de rapidement devenir lassant voire redondant. Abordant de nombreuses thématiques universelles poussant au questionnement individuel (la dualité entre le bien et le mal, le religion et la science, le libre arbitre et le destin …), Lost tiendra donc en haleine ses spectateurs sur plusieurs saisons jusqu’à, pour certains, progressivement décliner.

Initialement prévue sur trois saisons (selon les dires de Damon Lindelof), le show se verra pourtant prolongé indéfiniment par le network ABC, désireux de surfer sur son succès grandissant au détriment même de sa qualité, compliquant la planification narrative à long terme. Car à force d’emboîter les intrigues comme des poupées russes en ouvrant continuellement d’innombrables nouveaux mystères, Lost semble rapidement se noyer dans sa propre mythologie aux yeux du public : l’arc narratif du personnage de Walt vite abandonné, la nature de l’île jamais vraiment révélée, la signification des fameux numéros non résolue …

Comment également ne pas parler de sa fin, certainement l’une des plus mitigées du petit écran … (Game Of Thrones n’a d’ailleurs pas tardé à la rejoindre). Le parti pris est en effet assez risqué : libre à l’interprétation, les scénaristes décident de laisser les spectateurs comprendre ce qu’ils veulent. Sont-ils tous morts dans l’avion ? l’Ile n’était elle qu’un purgatoire ? Quid de tous les mystères abordés tout au long de la série, loin d’être tous résolus ? Beaucoup de frustration pour un public qui s’attendait à avoir toutes les réponses, se répétant inlassablement : tout ça pour ça ?

Lost reste donc pour beaucoup l’un des exemples typiques de l’œuvre victime de son propre succès (pourtant amplement mérité face à la qualité de son écriture et des thèmes qu’elle aborde), ayant sans le vouloir forcé ses auteurs à s’embourber dans de trop nombreuses dérobades narratives jusqu’à l’épuisement. Dommage.

WESTWORLD (2016 – ?)

Perçue un temps comme la digne héritière de Game Of Thrones avant même sa diffusion, Westworld débarque donc en 2016 sur HBO en reprenant le même synopsis que le film Mondwest de Michael Crichton (l’auteur de Jurassic Park) dont elle se veut l’adaptation libre : dans un parc d’attraction recréant l’univers de l’Ouest américain vivent les « hôtes », des androïdes au service des rêves et fantasmes d’une clientèle humaine en mal d’aventures. Mais que se passerait-il si ces robots, non conscients de leur véritable nature, venaient à s’éveiller et découvrir le libre arbitre ?

Authentique série de science fiction à l’écriture fabuleuse et sophistiquée, Westworld fait rapidement preuve d’une audace narrative séduisante, aussi bien sur le fond que sur la forme. Jonglant avec des thématiques fortes telles que le déterminisme et la notion de libre pensée, le show nous en met également plein la vue côté réalisation grâce à une photographie léchée et un sens du rythme adéquat. Les auteurs Jonathan Nolan et Lisa Joy iront même jusqu’à secrètement jouer avec la temporalité de leur récit pour mieux surprendre le spectateur à la fin d’une première saison visiblement maitrisée.

A la fois spectaculaire et profonde, Westworld hérite donc sans mal du statut de série incontournable, aux allures de must-see délicieusement complexe. Mais la seconde saison viendra malheureusement calmer les ardeurs deux ans plus tard, laissant derrière elle une désagréable sensation de « déjà vu ». Pour une grande partie du public, l’intrigue commence déjà à tourner en rond (les androïdes ayant enfin acquis leur propre conscience, ils cherchent maintenant à tous s’échapper du parc), accusant certaines répétitions scénaristiques voir essoufflements d’intrigues.

La temporalité se voit à nouveau déréglée, cette fois ci de manière plus artificielle, sans grand intérêt sur le récit, là où la confusion des époques retranscrivait parfaitement l’état d’esprit des hôtes alors en plein éveil dans la première saison. L’effet de surprise n’est visiblement plus là, le spectateur aguerri voyant l’entourloupe arriver de loin. Même l’introduction d’un nouveau parc (le Shogun World, aux allures nippones) se révèle plus anecdotique qu’utile narrativement.

Malgré quelques fulgurances (l’épisode 8 illustrant l’éveil progressif du personnage d’Akechata est tout simplement magnifique), la saison 2 s’emmêle dans ses propres filets, amenuisant le propos de base de la série. Attention, nous sommes tout de même loin de la purge artistique, cette deuxième partie s’élevant bien au dessus du tout venant télévisuel. Mais à l’échelle de sa première saison parfaitement équilibrée et aboutie, difficile de garder le même niveau qualitatif.

C’est avec sa troisième saison, diffusée en Avril 2020, que Westworld va alors complètement virer de bord, au grand dam de nombreux de fans. L’intrigue se déplace (enfin) hors du parc, dans un univers urbain aux allures cyberpunk dans la droite lignée de Blade Runner. Rien de mal à cela (bien au contraire, la série cherche à se renouveler) si ce n’est que le spectateur se retrouve maintenant dans un univers plus familier car vu mille fois au cinéma, balisant ainsi les codes SF du show à grands coups d’espionnage industriel, drogue numérique et algorithme malfaisant.

En somme, Westworld simplifie donc ses enjeux, modifiant de ce fait son concept de base pour le rendre plus accessible à tous. Après tout, pourquoi pas ? Rendre ses intrigues plus lisibles n’est pas un mal en soi, une grande partie du public ayant peu apprécié la complexité parfois inutile des deux premières saisons. Mais vendre son âme pour attirer le plus grand nombre a un prix, le show perdant inévitablement une partie conséquente de son identité ainsi que ce qui faisait son charme. Et ce n’est pas le nouvel antagoniste (pourtant interprété par le convaincant Vincent Cassel) qui relèvera le niveau des enjeux, d’une platitude dérangeante aux motivations peu creusées. En effet, difficile de passer après l’incroyable Anthony Hopkins.

Modifier l’ADN d’une série en cours est donc un exercice difficile, que peu de fans semblent sur le point de pardonner. Les audiences de la troisième saison n’ont d’ailleurs clairement pas été bonnes, même si le confinement a quelque peu aidé à les redresser sur la fin. Mais le mal est fait : Westworld n’est plus aussi extraordinaire qu’à ses débuts, préférant rentrer dans le rang des séries … ordinaires. Quel dommage.

13 REASONS WHY (2017 – 2020)

Adapté du roman éponyme de Brian Yorkey, 13 Reasons Why fit l’effet d’une bombe lors de son arrivée sur Netflix en 2017 grâce à un thème fort et parlant, porté par un concept efficace : Clay Jensen découvre sous son porche une mystérieuse boîte contenant les enregistrements d’une certaine Hannah Baker (l’émouvante Katherine Langford) qui a décidé de mettre fin à ses jours pour treize raisons, chacune étant énoncée dans un épisode dédié.

Plus qu’une simple série sur le harcèlement et le suicide, 13 Reasons Why traite avant tout des violences physiques et psychologiques que tout un chacun peut rencontrer dans sa vie de lycéen. Jamais moralisateur, le show capte avec justesse les crises existentielles du monde adolescent, mettant en lumière aussi bien sa cruauté que sa tristesse avec un réalisme auquel le spectateur ne peut échapper : la polémique scène du suicide, longue et frontale, est à juste titre insoutenable.

La voix off d’Hannah permet une immersion totale, devenant rapidement le centre émotionnel de l’histoire. Entre drame et thriller, 13 Reasons Why pousse bien plus à réfléchir qu’à simplement s’identifier, se muant ainsi en une leçon de vie particulièrement saisissante grâce à une première saison cohérente au propos sensé qui se suffisait à elle même.

Mais business oblige, Netflix prolonge la série pour une deuxième saison narrativement inutile face au succès rencontré par la première. Ou comment faire tourner la machine à billets verts au détriment de la cohérence même du concept initial : les fameuses treize raisons ayant toutes été annoncées et analysées dans le premier chapitre, pourquoi continuer ? Quel est l’intérêt si ce n’est profiter de la popularité d’une série qui n’en demandait pas tant ?

Pas complètement ratée non plus, la seconde saison laisse tout de même une impression dérangeante d’opportunisme mal placé. La troisième et quatrième ne tarderont pas à venir enfoncer le clou, s’enlisant dans une surenchère de thématiques mal développées aux intrigues dispensables, traduisant une certaine volonté de créer du suspense là où il n’y en a plus.

Le dernier chapitre s’ouvre d’ailleurs sur un flashfoward (saut dans le futur) annonçant la mort d’un des personnages principaux dont le public ne découvrira l’identité que dans le tout dernier épisode. Une bien maigre intrigue mystère n’ayant rien à voir avec le propos de base du show, synonyme d’un vide scénaristique total : twists grandiloquents, rebondissements peu crédibles (la fausse fusillade dans le lycée, l’arrestation des trafiquants d’arme …) et multiplication des thèmes abordés jusqu’à saturation sont au programme.

Le port d’armes, la drogue, le sida, la violence policière, la maladie mentale … Autant de sujets pourtant pas inintéressants frôlant malheureusement l’indigestion au sein d’une série en pleine crise identitaire qui ne fait que les survoler. En totale roue libre, 13 Reasons Why ira même jusqu’à tenter d’humaniser les personnages de Bryce et Monty, pourtant responsables d’agressions sexuelles sur personnes sans défense … Un brun dérangeant.

Netflix a donc décidé de mettre fin au massacre au terme de la quatrième et dernière saison, diffusée ce mois de juin 2020. Une aubaine pour une série autrefois percutante, qui aurait sans doute mieux fait de ne pas prolonger l’aventure au delà de son premier chapitre.

LA CASA DE PAPEL (2017 – ?)

Lancée en 2017 sur la chaîne espagnole Antena 3, La Casa De Papel a rapidement su devenir un véritable phénomène international, que l’on connait tous grâce au rachat de Netflix (toujours dans les bons coups ceux là !), en imposant sa propre relecture des codes du braquage sous adrénaline. L’histoire de base est on ne peut plus simple : un homme mystérieux surnommé le Professeur (l’excellent Alvaro Morte) planifie le meilleur casse jamais réalisé en recrutant huit des meilleurs malfaiteurs du pays.

Un concept choral mélangeant huis clos (le braquage en lui même) et flashbacks (concernant la mise en place du plan et le passé des personnages) s’avère donc plutôt efficace quoique légèrement radical, assurant une certaine longévité au récit sans toutefois en abuser. Ce que la célèbre plateforme ne semble pas avoir tout à fait compris : après une troisième et quatrième saison reçues de manière plus mitigée que les deux premières, puis une cinquième attendue au tournant, La Casa De Papel semble avoir de plus en plus de mal à justifier sa propre existence.

Le rachat de Netflix avait pourtant clairement annoncé la couleur dés le troisième chapitre : plus d’enjeux, plus de moyens, plus d’ambition pour un renouvellement d’intrigue franchement pas nécessaire. Car en passant du casse de la Fabrique de la monnaie à celui de la Banque d’Espagne, la série se répète, commence à lasser, et devient peu à peu sa propre caricature. Alors que le show aurait très bien pu se conclure de manière satisfaisante à la fin de sa seconde saison, l’intéressement à peine voilé de Netflix sur la question ne fait pas un doute : business is business !

Si La Casa De Papel parvient tant bien que mal à maintenir l’illusion, optant pour une ironique mise en abîme de son propre triomphe, les spectateurs ne sont pas dupes. Un point de vue pas si inintéressant, le renouvellement forcé de l’intrigue devenant parfois une force : le show étant tout a fait conscient de son statut opportuniste, il s’amuse ainsi à pousser toutes ses qualités au maximum (le rythme frénétique, les twists rocambolesques) afin de satisfaire un public qui ne demande que ça.

Tel un contrat tacite passé entre les spectateurs et Netflix, La Casa de Papel continue donc son petit bonhomme de chemin, évitant tant bien que mal de se heurter aux limites de son propre concept afin de ne plus être comparée à ses très appréciables premières saisons. Du moment que le spectacle est assuré …

PRISON BREAK (2005 – 2009 / 2017)

« J’ai pas le teeeeeeeeemps !! » Qui ne se souvient pas de ce magnifique générique français (merci M6 !) ouvrant chacun des épisodes de Prison Break il y a environ quinze ans ? (C’est ironique, vous l’avez compris hein) L’une des premières séries conceptuelles à voir le jour, au succès certes faramineux mais rapidement éphémère. En effet, le show carcéral sera également l’un des premiers à vite montrer les signes de faiblesses de son statut, la faute à une gestion scénaristique plus que mal maitrisée.

Pourtant audacieuse et rafraichissante, la première saison commençait plutôt bien, le pitch de base invitant à en savoir plus : lorsque Lincoln Burrows est accusé à tort pour le meurtre du frère de la vice-présidente, son frère Michael Scofield décide alors d’introduire sa prison en tant que prisonnier afin de le faire évader avant son exécution. Pour cela, Michael s’est tatoué l’ensemble des plan de la prison sur le corps …

Jouant avec les codes du film de prisonnier, Prison Break rappelle instantanément quelques petits bijoux cinématographiques tels que Les Évadés de Frank Darabont (mais si, avec Morgan Freeman et Tim Robbins au casting !) ou encore Vol Au Dessus d’un Nid de Coucou de Milos Forman avec Jack Nicholson et Brad Dourif. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que le spectateur suit les aventures des frères Scofield, s’étalant sur toute une première saison délicieusement rythmée jusqu’à la fameuse évasion finale.

Chouette ! Et après ? … Maintenant que les personnages ont atteint leur but, aussi bien scénaristiquement que conceptuellement, comment relancer la machine ? Beh, en les mettant en cavale bien sûr ! Suite logique du genre, la chasse à l’homme devient alors le nouveau leitmotiv de la série, rythmant ainsi toute la seconde saison malheureusement bien plus inégale que la première.

Les scénaristes décident alors de renvoyer l’un des personnages principaux en prison pour le troisième chapitre, entamant de ce fait une longue et pénible crise introspective : visiblement pas calibrée pour durer, Prison Break tâtonne, se raccrochant comme elle peut à un récit complètement décousu qui ne sait visiblement plus où aller. La série ira même jusqu’à faire revenir un des personnages centraux d’entre les morts, annihilant sans mal tout l’impact narratif que cela avait produit dans les chapitres précédents.

Une quatrième saison tout aussi inutile plus tard, Prison Break s’achève dans l’indifférence la plus totale en 2009 avant de revenir pour une cinquième fournée surprise en 2017, que plus personne ne semble pourtant attendre. Volonté réelle de rattraper le coup ou simple effet de mode ? Les retours successifs d’X-Files ou encore 24h à la même période permettent de fortement douter de la sincérité (et de la qualité) du projet.

Des situations clichées aux intrigues poussives et ennuyeuses, la cinquième saison du show tombe inévitablement dans la facilité scénaristique de base, répétant inlassablement la même formule : le héros que l’on croyait mort ne l’est pas ! Mais où peut-il bien être ? En prison bien sûr !! TA DAMM !! Allons le libérer ! Une légère sensation de redondance, prouvant à quel point Prison Break n’aura jamais su réinventer son concept, même dix ans plus tard. Triste.

DARK (2017 – 2020)

Véritable héritière de Lost aux influences très Lynchiennes, la série allemande fraichement débarquée sur Netflix en 2017 se déroule dans le petit village de Winden, marqué par la disparition de plusieurs enfants au fil des années. S’entremêle alors le destin de quatre familles entre passé, présent et futur, chaque époque influençant l’autre par le biais de personnages voyageant dans le temps.

Un concept SF plutôt banal, poussé ici dans ses retranchements les plus complexes grâce à une qualité d’écriture sans précédent. Après une première saison présentant les mécanismes du voyage dans le temps et ses conséquences, la deuxième accélère la cadence en multipliant les rencontres inter-temporelles entre personnages, quelquefois la même personne pouvant se rencontrer elle même à différents moments de sa vie. Chaque scène jouit donc d’une incidence non seulement sur l’intrigue mais aussi sur les décisions et le devenir des protagonistes, la série de Jantje Friese et Baran Bo Odar jouant subtilement avec les attentes du spectateur en malmenant ses certitudes grâce à un récit imprévisible pourtant millimétré depuis le début.

Prévue sur trois saisons et pas une de plus, Dark se permet ainsi de dévoiler un authentique labyrinthe narratif qui ne laisse pas indifférent, chaque pièce du puzzle faisant sens au moment opportun. Une prouesse scénaristique certes calculée, mais miraculeusement dénuée d’incohérences, qui force le respect. Là où de nombreuses séries essoufflent leur concept jusqu’à épuisement (exemples cités précédemment), le show allemand prend le difficile parti de lourdement l’intensifier au risque de perdre son public, perdu dans les méandres de la généalogie temporelle.

La troisième et dernière saison marque d’ailleurs un certain point de rupture en ajoutant la notion de réalité parallèle à son univers déjà bien riche. Cohérente et maitrisée, cette fournée finale a l’intelligence de conclure toutes ses intrigues avec brio, consciente qu’une quatrième saison aurait certainement été de trop. Poétique, émouvante, limpide, la conclusion du show boucle la boucle en évitant toute frustration, prouvant une fois de plus qu’une planification à long terme ainsi qu’un format court s’avère toujours bénéfique pour ce genre de récit.

A l’heure ou l’appel du succès et du business nuit à la qualité de nombreuses œuvres, il est agréable de constater que certaines productions telles que Dark y résistent encore. Pompé jusqu’à la moelle, jamais un concept narratif n’aura été aussi bien manié au service d’une histoire certes tortueuse, mais tellement fascinante. Respect.

De nombreux facteurs entrent donc en compte sur la longévité des séries high concept : la qualité de production (Lost et son renouvellement indéfini la forçant à prolonger son histoire), l’appel du succès (13 Reasons Why et ses trois dernières saisons inutiles), la non planification scénaristique (Prison Break et sa recherche d’identité) ou encore la simplification des enjeux pour plaire au plus grand nombre (Westworld ayant abandonné sa complexité philosophique au profit d’un spectacle plus banal) entrent bien évidemment en compte.

Toujours est-il qu’il est extrêmement compliqué de faire perdurer une bonne série, conceptuelle ou non. A l’heure ou la frontière entre petit et grand écran se fait plus mince, le spectateur ne cesse de modifier ses habitudes de consommation, se permettant ainsi de se lasser encore plus vite. Qui sait, peut-être avons nous un rôle à jouer dans tout cela nous aussi ?

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