SNOWPIERCER Saison 1 : Pourquoi ce n’était pas forcément utile

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Diffusée au rythme d’un épisode par semaine depuis le 25 Mai sur Netflix France, la première saison de Snowpiercer s’est achevée il y a seulement quelques semaines, laissant derrière elle une impression quelque peu mitigée.

Deuxième adaptation de la bande dessinée française Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean Marc Rochette après le très remarqué film éponyme de Bong Joon Ho (Parasite) en 2013, le show suit la même trame que ses aînés : la Terre a gelé et les derniers humains survivent à bord d’un train géant faisant le tour du globe, la lutte des classes le composant étant de plus en plus rude dans ce microcosme au fragile équilibre. Alors, on en pense quoi ?

LA SÉRIE VS LE FILM

Ce qui interroge de prime abord, c’est tout simplement l’utilité du projet en lui même : à quoi bon réadapter l’histoire du transperceneige, celle ci ayant déjà bénéficié d’une excellente transposition sur grand écran tant au niveau visuel que scénaristique ? Le passage au format sériel peut effectivement se montrer aguicheur : plus de temps pour approfondir les thématiques propres à la BD d’origine ainsi que la psychologie des personnages est un luxe que ne pouvait pas se permettre le long métrage sur seulement 2h de temps. Et pourtant …

Il semble évident que le film du réalisateur sud-coréen ne joue pas dans la même cour, tant les différences d’approche sur le fond et la forme dénotent au sein du reboot télévisuel. Design laissant à désirer, ressorts narratifs poussés, manque de subtilité, personnages unilatéraux … Le Snowpiercer version ciné voyage sans conteste en première classe, là où la série ne se contente que d’une petite place en seconde, la faute à un propos révolutionnaire parfois cliché si ce n’est forcé.

Tout n’est bien sûr pas à jeter dans cette seconde adaptation, à commencer par un premier choix narratif plutôt sensé : là où la BD et le long métrage ne se contentaient d’opposer que les pauvres et les riches (de fort belle manière ceci dit), la série opte ici pour une multiplication des classes bienvenue. Les sans billets à l’arrière du train (les paysans), les troisième classe (les ouvriers travailleurs), les seconde (la classe moyenne) les première (les bourgeois) ainsi que la Conciergerie (sorte de gouvernement totalitaire), la police, la sécurité … le tout recréant plus distinctement un semblant de société qui permet au spectateur de mieux s’y retrouver.

Malheureusement, les thématiques chères à l’œuvre originale (et au film) telles que la lutte des classes, les dérives du capitalisme et la notion de privilèges ne sont ici que régulièrement effleurées, la plupart du temps reléguées en second plan. L’aspect politique allégorique se trouve ainsi fortement diminué lorsque les scénaristes décident par exemple d’introduire une enquête policière au forceps qui, même si elle n’est pas complètement déplaisante, prend beaucoup trop de place au sein de la saison. Le show fait pourtant preuve d’une vision économique et sociale nuancée, évitant ainsi tout manichéisme, mais ne creuse que trop rarement son propos, bien trop occupé à brosser le spectateur dans le sens du poil au profit d’un divertissement pourtant très moyen.

UN TRANSPERCENEIGE QUI TRANSPERCE PAS GRAND CHOSE

Effectivement, la mise en scène manque quant à elle cruellement d’envergure, emballant vite fait bien fait le peu de scènes d’action sans chercher à les mettre en valeur. La comparaison avec la version cinéma est d’ailleurs inévitable, et fait plutôt mal … Dans ce cas, pourquoi avoir cherché à reproduire son style visuel ? Preuve que le show n’a pas les moyens de ses ambitions, Snowpiercer version télé va même jusqu’à proposer des plans extérieurs manquant de finition, frôlant de très près la frontière des effets spéciaux cheap de mauvais gouts.

Les moyens sont pourtant là, la série disposant d’une multitude de décors amples et variés … malheureusement trop ternes pour convaincre. Jamais le spectateur ne ressent l’exiguïté, l’enfermement, la claustrophobie que pourraient retranscrire les wagons du train. Il est d’ailleurs difficile de se représenter clairement l’agencement du transperceneige, empêchant ainsi le public de pleinement apprécier l’univers déployé (non sans efforts) sous ses yeux. Le générique de Game Of Thrones représentait par exemple la carte de Westeros au début de chaque épisode, rappelons le.

Le fameux « sous-train », sorte de salle des machines version SNCF, met d’ailleurs en évidence une certaine facilité scénaristique, permettant aux personnages de voyager comme bon leur semble d’une classe à l’autre. Mais où est donc passé le propos métaphorique de la BD, où comment la difficile progression du dit train illustrait parfaitement la non moins complexe escalade des échelons sociaux ? Heureusement, le show se rattrape (un peu) avec certains de ses personnages.

Si Daveed Diggs manque parfois de charisme dans la peau du révolutionnaire Andre Layton, la révélation vient certainement du côté de Jennifer Connelly (Requiem For A Dream, Dark Water), interprétant une Mélanie Cavill, chef de la Conciergerie et voix du train, tout en demi mesure et ambivalence. Un protagoniste qui illustre par gradation la question du poids du pouvoir et des sacrifices qu’il impose pour le conserver, le tout afin de maintenir l’ordre établi. La remarquable Alison Wright (aperçue dans The Americans) s’en tire également avec les honneurs sous les traits de Ruth Wardell, collègue et amie et Mélanie, dévouée corps et âme à Mr Wilford. En effet, difficile de passer après l’interprétation habitée de Tilda Swinton dans la version cinéma, mais la prestation nerveuse et nuancée de Wright fait son effet.

Mr Wilford, parlons en tiens … Le show parvient tout de même à l’imposer comme un personnage à part entière alors que ce dernier n’apparaît jamais à l’écran, symbolisant sans mal la notion de culte de la personnalité propre aux dictatures ayant marqué le XXème siècle. L’annonce de Sean Bean (le mémorable Eddard Stark dans Game Of Thrones) au casting de la saison 2 laisse d’ailleurs songeur …

Véritable introduction polie avant un deuxième chapitre que l’on espère plus nerveux, cette première saison reste tout de même efficace à défaut d’être inventive. Souvent prévisible, parfois surprenante, Snowpiercer version télé souffle le chaud et le froid, souffrant constamment de sa comparaison avec le long métrage de 2013. Pourtant plus détaillée que ses modèles, la série reste encore trop formatée pour convaincre … Sympathique, mais loin d’être inoubliable.

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