THE HAUNTING OF BLY MANOR : la comparaison avec Hill House est-elle justifiée ?

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Ce n’est pas la première fois qu’une œuvre télévisuelle se retrouve victime de son propre succès : True Detective, Stranger Things, 13 Reasons Why, Big Littles Lies … Autant de séries ayant marqué les esprits avec une splendide première saison avant de faire retomber le soufflet sur une seconde fournée pas toujours égale, si ce n’est utile …

Disponible sur Netflix depuis octobre 2020, The Haunting Of Bly Manor débarque donc avec le même défi : soutenir la comparaison avec sa grande sœur The Haunting Of Hill House, dont les qualités scénaristiques et visuelles ne sont plus à mettre en doute. S’il paraît naturel de juxtaposer les deux œuvres liées par leur concept anthologique, leur réalisateur Mike Flanagan semble pourtant chercher à nous prouver le contraire … A tort ou à raison ?

TU FLIPPES VS TU PLEURES

Adaptation libre des nouvelles Le Tour d’Ecrou d’Henry James et Les Innocents de Jack Clayton, Bly Manor suit donc les aventures de Dani (la touchante Victoria Pedretti), une jeune fille au-pair américaine fraichement engagée pour s’occuper du jeune Miles et sa petite sœur Flora au manoir de Bly en Angleterre … Jusqu’à ce qu’elle se rende compte que certaines choses très étranges semblent s’y produire.

Si le synopsis semble présager un nouveau récit cauchemardesque à l’image de Hill House, Flanagan (derrière le récent et mitigé Doctor Sleep) n’hésite pourtant pas à nous offrir une approche radicalement différente, quitte à désarçonner le spectateur un peu trop envieux de revivre les mêmes frissons qu’en 2018. Là où l’horreur occupait une place prépondérante dans la première saison, elle passe ici au second plan afin de mieux servir l’histoire et ses personnages en prenant des accents parfois poétiques.

Attention, Bly Manor recèle tout de même son lot de scènes angoissantes, mais celles ci se retrouvent plus parsemées, distillées au sein d’une narration qui préfère prendre son temps (peut-être trop ?), laissant ainsi place à son thème de prédilection, l’Amour avec un grand A. l’Amour sous toutes ses formes (familial, amical, passionnel, toxique, naissant …), l’Amour et toutes ses conséquences, la plupart du temps dévastatrices. Une approche du genre qui diffère étonnamment avec le premier chapitre, Bly Manor se définissant avant tout comme un drame romantique avant d’être un véritable conte horrifique.

PARFAITEMENT SPLENDIDE !

Une proposition qui s’en ressent jusque dans la manifestation même des fantômes : alors qu’ils intervenaient presque de manière métaphorique dans la saison originelle en illustrant les sentiments enfouis des protagonistes, ils prennent ici littéralement vie en interagissant directement avec les vivants, à la manière d’une American Horror Story qui tenterait une approche plus lyrique et moins grandiloquente.

Côté mise en scène, si cette dernière se veut plus convenue malgré une photographie toujours aussi soignée, l’intérêt visuel de Bly Manor se fait quant à lui beaucoup plus subtil. Grâce à un montage millimétré jouant des transitions entre ses personnages, ses lieux et ses époques, cette seconde saison multiplie les doubles interprétations ainsi que leurs échos émotionnels, favorisant l’immersion du spectateur ainsi que son empathie et sa tristesse.

A l’image d’un labyrinthique épisode 5 misant sur la confusion temporelle jusqu’à son incroyable dénouement, ou encore de son tragique épisode 8 en noir et blanc, Bly Manor marque ainsi la rétine autant plastiquement que narrativement, n’ayant rien à envier aux splendides plans séquences de son premier chapitre. Le tout porté par les magnifiques compositions musicales des Newton Brothers, toujours aussi belles et menaçantes à la fois.

Un petit bémol cependant : prendre le temps pour poser son cadre, ses enjeux ainsi que la psyché de ses personnages peut s’avérer salvateur si le rythme reste géré de façon parcimonieuse … Ce que Bly Manor a malheureusement parfois du mal à relever, complexifiant inutilement son intrigue pourtant linéaire, alourdissant de ce fait la cadence de son récit qu’on aurait espéré un peu plus soutenue …

En clair, malgré une atmosphère gothique délicieuse, The Haunting Of Bly Manor ne vous hantera sans doute pas autant que Hill House … mais a tout de même le mérite de s’émanciper clairement de sa consœur en proposant de nouvelles alternatives scénaristiques, thématiques et scéniques. S’efforçant de tout simplement proposer quelque chose de nouveau, Flanagan ne cherche donc pas à se reposer sur le succès du premier chapitre, et ne prend ainsi pas les spectateurs pour des jambons. De surcroît, il prouve avant tout qu’il ne sert à rien de comparer qualitativement ses deux œuvres, celles ci s’appréciant et se vivant visiblement chacune à sa manière … Et rien que pour ça, chapeau bas.

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