MULAN : Adaptation trop polie pour être honnête ?

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Lorsque l’empereur de Chine décrète qu’un homme par famille doit servir l’armée impériale, Hua Mulan prend la place de son père malade en se faisant passer pour un homme. Si ce synopsis vous rappelle quelque chose, c’est normal.

Le Roi Lion, La Belle et La Bête, Aladdin … A l’heure où Disney semble produire à la chaine les remakes de ses propres œuvres, la nouvelle adaptation live action de Mulan débarque (enfin) sur Disney + avec l’espoir de s’ouvrir à quelque originalité et s’affranchir de son matériau de base … ou pas. Car si le film de Nikki Caro propose un divertissement plutôt sympathique quoi qu’extrêmement balisé, force est de constater que la firme aux grandes oreilles n’a nullement l’intention de transcender sa rentable formule magique.

TIGRE ET DOLLAR

Mulan version 2020 n’est pas un mauvais film en soi, bien entendu. Il a même le mérite de ne pas (complètement) se calquer sur le dessin animé original, contrairement à ses confrères. Exit le côté comédie musicale, pas une seule scène chantée ici ne viendra parasiter le récit. Le film propose à la place une intrigue légèrement plus terre à terre, faisant ainsi du pied aux grandes épopées asiatiques telles que Tigre et Dragon.

Mais n’est pas Ang Lee qui veut, Mulan souffrant d’une réalisation certes soignée, mais qui se contente d’aller directement au plus simple. La photographie colorée reste ainsi trop générique, les costumes chatoyants ne peuvent s’empêcher de paraître lisses, et les chorégraphies des combats manquent clairement de sophistication. Quelques bonnes idées visuelles viendront tout de même parsemer le long métrage (comme ces magnifiques plans dans la neige) mais seront malheureusement trop peu nombreuses.

Liu Yifei ne manque pas de charisme dans le rôle titre, interprétant une jeune Mulan à la fois vulnérable et guerrière … mais son écriture simpliste n’aide pas à l’immersion du spectateur, à l’image des personnages secondaires au manque d’épaisseur flagrant. Seule la sorcière Xian Lang (protagoniste créée spécialement pour le film) semble apporter un peu de nuance au milieu d’un récit pourtant prévisible, à la progression on ne peut plus classique. Rejetée par les hommes de par ses aptitudes, elle se présente directement comme le reflet de l’héroïne, caressant au passage une morale féministe progressiste tout en évitant un trop plein de manichéisme.

Comme un Hoooomme

Un thème très politiquement correct, loin d’être inintéressant, mais qui ne sera malheureusement qu’effleuré tout au long du film. Pourquoi ne pas avoir poussé le propos plus loin, surtout avec un tel terrain de jeu ? Une jeune femme se faisant passer pour un homme pour mieux se trouver et se faire accepter appelle inévitablement à la notion de transidentité. Un sujet fort et passionnant, que Disney n’a visiblement pas cherché à creuser, préférant rester dans les carcans déjà évoqués par le dessin animé de 1998 (l’émancipation familiale et féminine).

Et c’est là que le mérite de cette adaptation faiblit, là où Le Livre de La Jungle avait réussi à tirer son épingle du jeu : peu de prise de risque ici, la firme aux grandes oreilles cherche seulement à plaire au plus grand nombre, exploitant son juteux filon (le remake de ses anciens succès, devenu visiblement une mode) au détriment même de la qualité, voire de l’utilité.

L’absence du petit dragon Mushu dans Mulan version 2020 en est un exemple frappant : n’ayant pas convenu au public chinois dans les années 90 suite à sa représentation peu majestueuse (un dragon est sensé être une créature mythologique forte et puissante dans le folklore asiatique), Disney a préféré le remplacer par un phœnix made in Harry Potter afin de contenter tout le monde. Un choix fort discutable, preuve à peine voilée qu’il ne faudrait pas vexer un marché oriental au fort potentiel …

Remake plus réaliste, plus noble et moins opportuniste que la moyenne, Mulan n’en demeure pas moins une adaptation convenue, sans réel éclat, qui ne restera pas dans les mémoires contrairement à son homologue animé. Véritable commerçant de la nostalgie du public, Disney tente encore trop peu pour convaincre, préférant se reposer sur ses lauriers. Facile.

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